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Nous étions une frontière, Patrick de Friberg



Résumé éditeur :

Novembre 1989, le mur de Berlin va tomber. La France exfiltre de Berlin-Est le général du KGB Magomed Akhmediov, contre la révélation d’un montage à long terme qui doit mener l’URSS à diriger l’exécutif français. 
Novembre 2019, trente ans plus tard, après la victoire du Front national aux élections présidentielles, la France quitte l’OTAN pour signer un pacte exclusif d’alliance économique et militaire avec la Russie.
Tandis que le monde sombre dans la troisième guerre mondiale, les anciens ennemis de la Guerre froide, cette étrange meute, vont se retrouver. Entre eux, la cicatrice du massacre de la famille du général russe est toujours aussi vive...



Ma chronique :


Ce livre remplit son contrat de visibilité. Un titre conjugué au passé qui promet une lecture d’avenir et de bouleversement, une couverture mettant en scène deux personnages célèbres, Vladimir Poutine et Marianne s’embrassant devant une explosion atomique.
Comment donc ne pas avoir envie de lire l’ouvrage de Patrick de Friberg ?

L’histoire s’ouvre sur un événement transitoire, la chute du mur de Berlin, en 1989. Malgré l’effervescence ambiante, le point de vu semble suspendu dans le temps, flottant au dessus de la masse berlinoise en mouvance vers l’Ouest promise.
Ce second degré, parfois déroutant à côté de l’agitation extérieure, donne le ton pour la suite.

J’avoue avoir eu du mal à rentrer dans la dynamique du roman. Tout d’abord, il faut comprendre le schéma alternant plusieurs périodes historiques. Effectivement, le résumé laisse penser à une anticipation politique mais nous sommes d'emblée projeté dans le passé dès le début du livre, en 1989, entrecoupé par quelques parenthèses se passant en 2019. Il faut donc apprendre à suivre le fil directeur qui peut facilement se perdre.
Une fois la lecture lancée, nous rentrons dans l’intimité de l’Histoire, c'est-à-dire un envers du décor.
Souvent confrontée à des thermes compliqués aussi lointains que mes cours d’Histoire, j’ai fortement apprécié accompagner ma lecture de quelques informations complémentaires. Se perdre entre les thermes et les positions politiques représente un risque de ne pas comprendre la subtilité des certains éléments.

Les acteurs principaux de cette réflexion sont Vladimir Poutine, élément intemporel puisqu’il apparaît autant dans le flash-back que dans l'anticipation, Marine Lepen, récemment positionnée à la tête d’un Etat en 2019 allié à la Russie par un pacte d’alliance économique, Gunther et « Jean », personnages fictifs (mais représentatifs) chargés de missions d’espionnage.
Au début, nous pensons suivre à travers leur regard la suite des événements mais c’est avec surprise que le livre prend une dimension de thriller. Sûrement pour donner un rythme encore plus effréné à l’histoire, l’auteur nous plonge dans un monde en pleine transition avec une vengeance comme toile de fond.

La lecture de ce livre n’est pas aisée. En effet, entre les références politiques et historiques, le nombre de personnage, les nuances et les non-dits de l’auteur, le sens de certains passages peuvent rester obscures. Je pense cela-dit qu’il ne faut pas lire ce livre comme un roman mais plutôt comme une source de réflexion et d’idées, une occasion d’être le spectateur invisible des plus grandes scènes politiques.
Malgré cette danse entre les secrets d’États et les intentions cachées des plus hauts placés, nous percevons clairement le véritable électrochoc de l’auteur. C’est avec génie que Patrick de Friberg met en lumière les véritables dangers qui menacent notre société actuelle.
Sans utiliser de moyens flagrants et exagérés, il fait doucement clignoter l’ampoule de remise en question, de la réalité souvent assombrie par les mensonges et les vaines promesses.

Le Jazz est également un personnage principal du livre. Personnellement, je l’ai perçu comme une représentation de la Liberté. Les « apartés sur le Jazz » de Gunther font sourire si on reste sur cette vision. « Du bon travail de la section Désinformation du KGB de vouloir faire danser les jeunes sur des mélodies hippies, en leur faisant croire qu’ils écoutent du Jazz. »
L’illusion d’une liberté n’est-elle pas l’arme la plus persuasive pour une société de dictature ?
Ce genre musical, si important, si vital pour Gunther, représente donc bel et bien, à mon avis, cette soif d’émancipation, ce risque audacieux à prendre au nom de la libération.
Pourquoi un tel amour pour le Jazz se retrouve-t-il dans le personnage de Gunther ?
L’interprétation de toutes choses est personnelle mais il me semble évidement qu’ici, la vérité s’impose.

L’opinion et la position politique des personnages est souvent difficile à cerner, ce point a parfois ralentit ma lecture. Il faut savoir lire entre les lignes et se souvenir de chaque subtilité. Le fait que cela rende la lecture compliquée n’est pas en soit un problème mais la preuve du talent de l’auteur, intimement lié au monde complexe de la politique sous-marine.

La partie d’anticipation du roman est tout à fait passionnante, j’ai beaucoup plus aimé cette projection dans ce futur proche et plausible plutôt que le passage en 1989. Nous sommes donc en 2019 et l’ordre mondial vole en éclat sous la domination des gouvernements d’extrême droite tandis que l’OTAN n’est plus qu’un vestige du passé. Se lançant dans une troisième Guerre Mondiale contre la domination islamique, la France, prolongement du bras d’une certaine Marine Lepen, se recouvre d’un sombre nuage de violence et de complots.
Entre le royaume de Vladimir Poutine et le nouvel empire du Front National, le monde semble plus que jamais voué à sort funeste.


En résumé, Nous étions une frontière de Patrick de Friberg, partagé entre le genre du thriller et de l’anticipation, nous ouvre les yeux sur notre propre époque. Nous vivons en plein tournant historique et de telles lectures ne peuvent qu’éclaircir ce que le reste passe sous silence. Avec un regard franc et intelligent sur ce qu’il se passe, l’auteur nous divertit et nous pousse vers une évidence à prendre ou à laisser.  


Ma note : 7/10


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